Archive

Posts Tagged ‘sénat’

Ceci n’est pas mon pays: Prise en considération du négationnisme et de l’indemnisation des collabos

Dernièrement, le Sénat a accepté de prendre en considération un texte à tendance négationniste proposé par le Vlaams Belang. Ce document prévoit d’indemniser les victimes de la répression des (sic) « prétendus » collabos de la Seconde Guerre et d’effacer les condamnations dont ils ont fait l’objet.

Un pardon est envisageable, mais pas lorsqu'il vient des principaux intéressés.

 La Belgique a été un pays de vives résistances; jouxtant l’Allemagne, bien que rapidement tombé, ses habitants n’ont pas tous laissé l’Occupation se faire sans difficulté.

Maintenant qu’il y a prescription, il pourrait être envisagé un pardon. Effectivement, quelle junte peut encore traquer des coupables d’autrefois? Il ne faut pas voir le diable partout non plus; on peut leur pardonner. Après tout, la situation n’est plus ce qu’elle était, et le Monde a désormais pardonné l’Allemagne. Les principaux responsables sont encore traqués, l’expérience de Milgram leur donnant parfois raison.

Mais lorsque le texte fait mention de « prétendues » collaborations; ou que celui-ci envisage de faire indemniser les coupables, et qu’il a été déposé par un parti d’extrême-droite, je ne souscris plus.

En effet, il est indignant pour la Belgique de se permettre de laisser un parti d’extrême-droite de faire valoir jusqu’au Sénat ses idées de négationnisme. La prise en considération a été créée dans ce but; et c’est un échec à la mission de cette protection parlementaire que d’avoir laissé ce texte parvenir jusqu’aux discussions. La Belgique est-elle négationniste? Non!
Venant de leur initiative, cela ressemble plus à autoriser un vieux racisme, un ancien intégrisme, pour permettre à un nouveau de s’implanter. Plus de
Reductio ad Hitlerum, plus de Godwin Point; maintenant la collaboration doit, à leurs yeux, être une chose qui n’est plus condamnable et qui s’entend parfaitement.

Ceci n’est pas mon pays.

C’est d’autant plus indignant que la Vlaams Belang va, jusque dans le titre, faire comprendre que, pour lui, les crimes punis à l’époques ont été le fait d’une peur irraisonnée d’Hitler. Ils ont raison. Mais il est trop tard, 67 ans après, pour dire que c’était une erreur. Tout comme il est idiot de faire interdire « Tintin au Congo » parce qu’il ne fait que témoigner de l’idéologie de l’époque, il n’est pas question de revenir en arrière concernant la répression de la collaboration.

Je ne souscris pas aux multiples exécutions qu’ont subit les collabos; tout comme je regrette que cette barbarie n’ait pas mené à une amélioration globale du racisme en général (le racisme ayant atteint un paroxysme aux États-Unis dans les années ’60 avec les groupes KKK et autres qui recueillent, aujourd’hui encore, de nombreux adhérents).

Le Vlaams Belang, dans leur paradigme étrange bien au-delà du monde, ont réussi à contaminer tous les autres partis flamands. C’est bien regrettable.

De leurs mots, « on peut parler de tout » « nous sommes en démocratie ». Mais ces mêmes partis n’ont-ils pas refusé de nommer des bourgmestres francophones? Ces mêmes partis ne font-ils pas preuve d’une ségrégation?

C’est l’hôpital qui se moque de la charité.

Bonne journée.

Le droit de manifestation en Belgique: un dictateur président du Sénat

Pourtant Docteur en droit, Danny Pieters a constitué partie civile pour le Sénat contre les jeunes manifestants ayant fait irruption dans le Sénat. Critique de fond et de forme.

Le Sénat de Belgique. Crédit photo: senate.be

« Les Belges ont le droit de s’assembler paisiblement et sans armes, en se conformant aux lois qui peuvent régler l’exercice de ce droit, sans néanmoins le soumettre à une autorisation préalable. »

Les manifestations sont autorisées en Belgique. Loin d’être un simple rassemblement pourtant, le fondement même du droit de manifestation suppose le droit qu’a le peuple pour exprimer ses idées, les faire monter aux hommes qui le gouverne, sans craindre de représailles de leur part.

La liberté d’expression, la liberté de presse, la liberté de pétition, etc. … rejoignent ce droit pour dire « On a voté pour vous, cela ne vous rend pas intouchables pour autant. »

Et pourtant..

En sa qualité de président du Sénat, et de façon relativement justifiée, Danny Pieters a jugé utile de faire arrêter les protestants. Effectivement, il faut empêcher trop de débordements dans un pays civilisé.

Alors, dans sa défense, l’avocat du sénat plaidera l’article 19 de la Constitution, au moins aussi forte que la 26:

La liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sont garanties, sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de ces libertés.

Reste à savoir si lancer des feuilles dans une Assemblée parlementaire est un délit.  Petit tour de Code Pénal.

Art. 275

Sera puni d’un emprisonnement de quinze jours à six mois et d’une amende de cinquante à trois cents [euros]*, celui qui aura outragé par faits, paroles, gestes ou menaces, un membre des Chambres législatives dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de son mandat, (…).
Si l’outrage a eu lieu à la séance d’une des Chambres (…) l’emprisonnement sera de deux mois à deux ans, et l’amende de deux cents [euros] à mille [euros]*. (…)

* à multiplier par un indice, 5,5 il me semble: 275 à 1650€

couplé à l’article 277

Les outrages commis envers les corps constitués seront punis de la même manière que les outrages commis envers les membres de ces corps, d’après les distinctions établies aux deux articles précédents.

Peut-on considérer cela comme un outrage? Pas vraiment. Mais ce sera la question du procès s’il y a.

Mais derrière la question juridique que j’ai effleuré, il y a une question politique. Dans la situation actuelle, au bout de 327 jours après les élections,  il est plutôt compréhensible que des actions soient menées. Les sénateurs sont-ils vraiment responsables du blocage actuel? Pas vraiment. En tout cas, pas à 100%. S’il est vrai que leur opinion compte, le but reste de s’assurer que personne ne soit lésé dans le prochain gouvernement.

Cet agissement est donc très clairement compréhensible. Donc, on peut dire que Mr Pieters, président du Sénat, a eu une réaction disproportionnée par rapport à l’embarras causé. Après tout, 5 minutes d’interruption, ce n’est pas si grave.

La réaction peut même être considérée comme arbitraire: Les tracts auraient été séparatistes, ou N-VA, aurait-il réagi de la même façon? Rien n’est moins sûr! Et puisque ça m’a tout l’air d’être parfaitement arbitraire:

Article 147 du Code Pénal

[tout titulaire de fonction publique], qui aura illégalement et arbitrairement arrête ou fait arrêter, détenu ou fait détenir une ou plusieurs personnes, sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans.
  L’emprisonnement sera de six mois à trois ans, si la détention illégale et arbitraire a duré plus de dix jours.
  Si elle a duré plus d’un mois, le coupable sera condamné à un emprisonnement d’un an à cinq ans. (…)

Cela ne fait que montrer à quel point la N-VA n’est pas un parti fondamentalement démocratique. La démocratie s’adresse à tous, et pas seulement aux flamands.

Cela dit, je joins tous mes encouragements aux jeunes protestataires, les félicite pour leur courage et, franchement, l’idée est bien trouvée. J’espère que vous n’encourrez aucune sanction auprès de l’Académie Royale des Beaux-Arts qui devrait vous honorer pour cet esprit démocratique. C’est dit.

Bonne journée!

%d blogueurs aiment cette page :