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Michelle Martin peut sortir de prison.

L’actualité de cette semaine est marquée par l’accord de liberté conditionnelle donné par le tribunal d’applications des peines. Un groupe facebook a rapidement été créé pour « dénoncer » ce qu’ils qualifient comme une injustice, à grands coups de propos injurieux et parfois des appels à la violence. Article contre la barbarie.

en-tête du groupe

Il n’aura fallu que quelques heures pour réunir pas loin de 70 000 adhérents. Dans les messages, on pouvait lire des choses horribles, allant de la lapidation à la torture, en passant par la grève de la faim forcée.

J’ai essayé (tant bien que mal) de les raisonner:

Je n’ai rien contre sa libération. D’un point de vue juridique, ça se tient.
« Associations de malfaiteurs », 15 ans de prison c’est déjà beaucoup. Si elle n’est pas libérée, elle va en appel parce que d’autres coupables du même chef d’accusation ont fait moins de prison que ça.
Elle aurait dû recevoir perpet’ sans réduction de peine dès le départ, c’est-à-dire comme son mari, pour avoir laissé crever de faim deux pauvres enfants.

Je tiens à conchier publiquement ceux qui demandent la peine de mort ou autres actes horribles à lui soumettre. Vous dites qu’il n’y a pas de justice mais la peine de mort, ce n’est pas ma justice.
Ne vous abaissez pas à son niveau.

Le vrai chef d’accusation de Michelle Martin est :

  • association de malfaiteurs (enlèvements et séquestrations d’enfants)
  • séquestration de 6 enfants avec la circonstance aggravante d’avoir entraîné la mort de ces deux dernières
  • viol de Yancka Mackova.
En Belgique, la justice ne pratique pas le cumul des peines, on se réfère donc à la plus grave de celles-ci. Elle a donc été emprisonnée pour 30 ans à dater du jour de son arrestation, en 1996.
Elle a demandé une liberté conditionnelle qui, au vu de son comportement et de son suivi psychologique justifiait une libération conditionnelle. Cela a réduit sa peine de moitié.
À cela, les gens réagissent d’une agressivité sans égale, prônant la prison à vie ou que sais-je. Cependant, d’un point de vue légal, elle a purgé sa peine et justice a été rendue.
Je souhaite du courage à la famille des petites victimes. Je pense qu’il n’y a aucune chance qu’ils se croisent où que ce soit; j’ai cru avoir entendu qu’eux-mêmes sont contre la peine de mort.
Je constate que la loi du Talion prend une vigueur sans précédent: Après la liesse ayant suivi le meurtre d’Obama, les menaces d’assassinats à l’encontre de Michelle Martin; je me rends compte que les libertés fondamentales quittent l’esprit des gens. Et que cela est propice à l’avènement de partis politiques qui prônent ces mesures.
Si je déplore ce barbarisme, je m’en inquiète également. Il devient banal, voire normal, d’entendre des gens dire « si ça m’arrive à moi, je le tue ». Si il en a toujours été ainsi, il arrivera bien une fois où ça arrivera et où il sera félicité.
Et là, nous aurons atteint le niveau où la justice est rendue par les gens, avec de la violence et de la vengeance. C’est à la fois déplorable et à éviter.
Il est normal d’avoir peur de la croiser, ou peur des représailles. Mais ce n’est pas supposé empêcher la justice de suivre son cours normal. Si la justice doit emprisonner, elle doit, en toute logique, rendre la liberté aux gens.
Une chose est cependant certaine, c’est que la prison ne rend pas les gens meilleurs. Ceux qui pensent qu’elle « comprendra » en « croupissant plus longtemps encore en prison « se trompent. Ils ne veulent pas se dire qu’être juste, c’est considérer tout le monde comme égaux.
Cette égalité est même peut-être le résultat d’un complexe d’infériorité. Ce sont d’ailleurs souvent les gens amoindris qui essayent d’amoindrir les autres à leur tour. Et lorsqu’on a des arguments aussi faciles que « elle a tué des enfants », ils s’en donnent à cœur joie.
Alors, chers concitoyens, montrez-vous meilleurs que ceux que vous avez emprisonnés. Ne cherchez pas à faire justice par vous-même. Croyez-le, jamais elle n’oubliera ce qu’elle a fait et jamais elle ne dormira plus sur ses deux oreilles.
Si les 15 ans de prison ne vous ont pas suffit pour abreuver votre haine, dites-vous qu’elle restera à tout jamais prisonnière de son passé.
Pour une justice libre d’émotions et de parti pris.
Bonne journée.
Mises à jour:
(1/3) suite à mon message et à ceux d’autres membres dans le courant de la nuit, l’administrateur du groupe ayant recueilli 70 000 personnes a ajouté une mention précisant que le but n’était pas un « appel au meurtre ».  Il faut cependant noter que le terme « monstre » vient de leur plume et que de pareils termes n’est pas supposé recevoir des messages gentils et agréables.
(2/3)

Parce que c'est beaucoup trop logique.

(3/3) Suite à plusieurs messages rappelant à l’ordre ( de la part de moi-même et d’autres membres), le groupe a été annulé.

Le droit de manifestation en Belgique: un dictateur président du Sénat

Pourtant Docteur en droit, Danny Pieters a constitué partie civile pour le Sénat contre les jeunes manifestants ayant fait irruption dans le Sénat. Critique de fond et de forme.

Le Sénat de Belgique. Crédit photo: senate.be

« Les Belges ont le droit de s’assembler paisiblement et sans armes, en se conformant aux lois qui peuvent régler l’exercice de ce droit, sans néanmoins le soumettre à une autorisation préalable. »

Les manifestations sont autorisées en Belgique. Loin d’être un simple rassemblement pourtant, le fondement même du droit de manifestation suppose le droit qu’a le peuple pour exprimer ses idées, les faire monter aux hommes qui le gouverne, sans craindre de représailles de leur part.

La liberté d’expression, la liberté de presse, la liberté de pétition, etc. … rejoignent ce droit pour dire « On a voté pour vous, cela ne vous rend pas intouchables pour autant. »

Et pourtant..

En sa qualité de président du Sénat, et de façon relativement justifiée, Danny Pieters a jugé utile de faire arrêter les protestants. Effectivement, il faut empêcher trop de débordements dans un pays civilisé.

Alors, dans sa défense, l’avocat du sénat plaidera l’article 19 de la Constitution, au moins aussi forte que la 26:

La liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sont garanties, sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de ces libertés.

Reste à savoir si lancer des feuilles dans une Assemblée parlementaire est un délit.  Petit tour de Code Pénal.

Art. 275

Sera puni d’un emprisonnement de quinze jours à six mois et d’une amende de cinquante à trois cents [euros]*, celui qui aura outragé par faits, paroles, gestes ou menaces, un membre des Chambres législatives dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de son mandat, (…).
Si l’outrage a eu lieu à la séance d’une des Chambres (…) l’emprisonnement sera de deux mois à deux ans, et l’amende de deux cents [euros] à mille [euros]*. (…)

* à multiplier par un indice, 5,5 il me semble: 275 à 1650€

couplé à l’article 277

Les outrages commis envers les corps constitués seront punis de la même manière que les outrages commis envers les membres de ces corps, d’après les distinctions établies aux deux articles précédents.

Peut-on considérer cela comme un outrage? Pas vraiment. Mais ce sera la question du procès s’il y a.

Mais derrière la question juridique que j’ai effleuré, il y a une question politique. Dans la situation actuelle, au bout de 327 jours après les élections,  il est plutôt compréhensible que des actions soient menées. Les sénateurs sont-ils vraiment responsables du blocage actuel? Pas vraiment. En tout cas, pas à 100%. S’il est vrai que leur opinion compte, le but reste de s’assurer que personne ne soit lésé dans le prochain gouvernement.

Cet agissement est donc très clairement compréhensible. Donc, on peut dire que Mr Pieters, président du Sénat, a eu une réaction disproportionnée par rapport à l’embarras causé. Après tout, 5 minutes d’interruption, ce n’est pas si grave.

La réaction peut même être considérée comme arbitraire: Les tracts auraient été séparatistes, ou N-VA, aurait-il réagi de la même façon? Rien n’est moins sûr! Et puisque ça m’a tout l’air d’être parfaitement arbitraire:

Article 147 du Code Pénal

[tout titulaire de fonction publique], qui aura illégalement et arbitrairement arrête ou fait arrêter, détenu ou fait détenir une ou plusieurs personnes, sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans.
  L’emprisonnement sera de six mois à trois ans, si la détention illégale et arbitraire a duré plus de dix jours.
  Si elle a duré plus d’un mois, le coupable sera condamné à un emprisonnement d’un an à cinq ans. (…)

Cela ne fait que montrer à quel point la N-VA n’est pas un parti fondamentalement démocratique. La démocratie s’adresse à tous, et pas seulement aux flamands.

Cela dit, je joins tous mes encouragements aux jeunes protestataires, les félicite pour leur courage et, franchement, l’idée est bien trouvée. J’espère que vous n’encourrez aucune sanction auprès de l’Académie Royale des Beaux-Arts qui devrait vous honorer pour cet esprit démocratique. C’est dit.

Bonne journée!

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