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Détruire la Belgique, au profit de la facilité.

Devant les militants PS à Charleroi, Elio Di Rupo, vainqueur des élections législatives d’il y a bientôt un an, s’éloigne très loin de l’opinion de Moureaux. Ce dernier se croit peut-être en pleine Libye, contre le méchant Kaddhafi de Wever. Alors que les négociations piétinent, une excellente remarque de Mr Di Rupo aurait dû lui ouvrir les yeux. Pourquoi ces deux réactions sont aux pôles infertiles, et pourquoi cela détruirait la Belgique.

Elio di Rupo ne sauvera pas le pays en choisissant ce qu’on peut appeler une solution de facilité.

« A l’origine de cette situation exceptionnelle, il y a, pour la première fois dans notre histoire, la victoire électorale au Nord d’un parti dont l’objectif est l’indépendance de la Flandre, pas la formation d’un gouvernement ». Cela fait peut-être un an qu’on s’égosille à la dire. Cela fait longtemps qu’on ne dit plus « hommes politiques » mais bien « politiciens », parce que quand on en parle en Belgique, c’est fatalement dans une optique péjorative. Nous attendons, nous commentons, nous critiquons, nous proposons d’autres idées.

Là-dessus, Mr Moureaux, vice-président du même parti, prend une toute autre direction: « Il faut creuser des tranchées ». Les francophones auraient déjà fait des concessions importantes, au contraire des flamands qui n’ont rien cédé.

D’une part, « il faut s’hérissonner », d’autre part je peux lire des horreurs pareilles:
« La Wallonie est dans une phase de redressement spectaculaire, et elle n’a pas peur d’hériter de nouvelles compétences. Nous sommes ouverts à un transfert massif. », de la part de celui qui relevait plus haut que la volonté de la N-VA n’était pas de former un gouvernement.

Alors qu’il affirme, avec certitude et pour terminer:
« Je veux le répéter ici ce soir : nous voulons aboutir à un résultat avec la N-VA, que ce soit clair ».

La N-VA et le PS ayant les majorités, un accord entre ces deux partis suffiraient amplement pour former un gouvernement. Cependant, je trouve honteuse la réaction de Di Rupo, qui pense nécessaire de se justifier auprès de la Flandre en disant « La Wallonie est dans une phase de redressement ». On a pas besoin de se justifier auprès de Bart de Wever! On a pas besoin de répondre à leurs insultes qui rabaissent constamment le Sud du pays.

Évidemment que la Wallonie est en redressement, et évidemment que la Flandre est en train de perdre de l’emploi et du prestige. Nous sommes au tournant d’un grand changement économique en Europe, au moment où nous devront subitement passer d’un secteur à l’autre pour répondre aux concurrences.

Mais la volonté du PS, à ce que je sache, n’est pas de préparer le terrain pour une division du pays. Le but du PS est de pouvoir former un gouvernement qui mettrait en avant son programme social. Il n’est pas question de laisser Mr Di Rupo contrevenir à son propre programme, au profit d’un plan gouvernemental visant à aider la N-VA à transférer des compétences économiques! Mr Di Rupo veut vraiment emmener De Wever dans l’antichambre de la séparation?

Si la tête n°1 de la Wallonie se met à plier comme ça devant nos amis du Nord, ce n’est pas le cas de Mr Moureaux, qui doit visiblement les percevoir comme une forteresse imprenable contre laquelle il faut unir ses forces. Nos petites flèches n’ont pas atteint leurs fortifications, alors il faut former un bélier? Mr Moureaux, voulez-vous d’un accord dans le pays? Qu’est-ce que la Wallonie peut bien revendiquer, en soi? Un maintien des compétences?

Réfléchissons un peu. Si la Wallonie doit, déjà, négocier entre ses propres partis, pour soumettre un plan unique à la Flandre, ce ne sera pas un plan visant à fortifier l’unité du pays. Ce sera un plan pour faire accepter la N-VA. Si on montrait à la N-VA que leur racisme et leurs revendications séparatistes nuiront, aussi longtemps qu’ils resteront sur leurs positions, au bon déroulement des négociations, alors, là nous pourrons observer un mouvement de leur part. Parce qu’à ce que je sache, la Flandres ne peut pas s’auto-déclarer indépendante, et ce n’est pas à nous de les y encourager.

Je ne dis pas qu’il faut geler les négociations jusqu’à ce que la N-VA deviennent de braves concitoyens gentils et attentifs. Non, on part du principe qu’un parti qui porte un nom qui mériterait sa place dans le film Brazil ou dans un livre de Georges Orwell, « La Nouvelle Alliance Flamande », on serait surpris que du jour au lendemain ils renoncent à leur plan de ségrégation linguistique.

Cependant, il faut se remémorer les précédentes crises. À chaque fois, la Wallonie a fait des pas. Les communautés, créées suite aux manifestations flamandes, semblait relativement logique. Mais lorsque ont commencé à surgir des partis dont l’intention était de « promouvoir » l’esprit flamand et non plus la « défendre », on aurait dû se méfier.

Alors que nous cherchons à défendre la Wallonie, la Flandre cherche à se « promouvoir ». Et quand un actif rencontre un passif, ce dernier cède, logiquement.

Alors, soit on cède, soit on gèle, soit on devient actif, à promouvoir la Wallonie, ou du moins, promouvoir l’unité de la Belgique.

Les deux pôles, céder et geler, ne vont mener qu’à des négociations unilatérales, qui ne seront donc pas dans notre intérêt.

Devenir actif pourrait être, alors, une solution. Mais alors que Di Rupo opte, lui, pour la solution de facilité, à savoir d’une majorité bipartite, et que Moureaux, lui, viserait davantage de geler les négociations jusqu’à ce qu’on trouve un bélier pour enfoncer les murs, on se demande qui prendrait l’initiative de contrer les attaques flamandes.

Sinon, on a aussi une réunion du tout qui voulait renommer la Communauté Française, histoire de rendre les choses plus idiotes encore. Enfin, soit, passons l’intégrisme Wallon, qui n’est pas beaucoup plus intelligent.

« Unification du pays. » Est-ce que cela fait vraiment aussi peur? Est-ce qu’on peut mentionner le mot auprès des autres partis flamands? Est-ce qu’on peut crier « Eenheit – Unité » sur la table des négociations? Non, les gens veulent la solution de facilité, à savoir se mettre d’accord avec la N-VA.

Et il faut faire vite! Si la N-VA part, effectivement, de la table des négociations, comme elle l’a promis précédemment, les autres partis vont tomber dans le complexe du homard et défendront les idées du parti sortant.

Sortir la N-VA des négociations, malgré leur écrasante majorité en Flandre. Oui, c’est anti-démocratique. Mais la Flandre veut-elle vraiment d’une séparation?

Encore un bon gros 1100 mots, excellent vendredi à tous. Courage, ce soir, c’est le week-end!

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