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« La Flandre n’abandonnera jamais Bruxelles », quand le paternalisme refait surface…

Kris Peeters prend un abonnement aux propos critiquables. On va peut-être me dire que je cherche la petite bête, mais je me demande de quel droit il peut dire que la Flandre n’abandonnera jamais Bruxelles… et surtout, comment on doit le prendre. Une menace?
C’est donc la Guerre, et la Flandre n’abandonnera pas ce point stratégique? Ou c’est pour montrer que le papa de la Capitale, c’est la Flandre?

À l’heure où Tintin au Congo est en procès pour son paternalisme colonial, Mr Peeters ne joue-t-il pas aussi au Blanc qui apporte la culture?

Kris Peeters, le ministre-président du CD&V qui n’a rien à envier à la N-VA niveau déclarations litigieuses.

Bruxelles peut se sentir rassurée, la Flandre est là. En effet, la Flandre verserait 670 millions d’euros en investissements à Bruxelles. Il ne renseigne pas le montant Wallon, mais là n’est pas le débat.

Comme pour montrer qu’elle en est sa propriété, Mr Peeters se sent investi de la mission de protéger Bruxelles. Attention, cela dit, car dernièrement, tout le monde n’aime pas papa…
Poursuivi pour une même attitude, Tintin au Congo est au tribunal de première instance de Bruxelles. Moulinsart S.A. devra donc défendre la célèbre BD contre un congolais Belge et une association, qui tiennent un réquisitoire que je pourrais employer à l’encontre des hommes politiques du Nord:

« des images et des dialogues porteurs de préjugés racistes abominables, où les ‘indigènes sauvages’ ressemblent à des singes et parlent comme des imbéciles. »

L’Homme de Wallonie étant intellectuellement incapable de s’exprimer en Néerlandais, visiblement systématiquement chômeur, colonisateur et, surtout, se nourrissant du pain d’autrui.
Heureusement, Hergé lui-même se défendra avec bonne volonté, dans un interview:

« J’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais ».

Je me permets d’accréditer les flamingants de la même raison, à titre d’excuse. Ainsi, je me sentirai moins méchant, me disant que s’ils sont racistes, c’est peut-être aussi parce qu’ils ont été éduqués comme ça.

 

D’autre part, nous pourrions légitimement penser que Mr Peeters considère Bruxelles comme P. De Crem pourrait la considérer: Un point stratégique où positionner ses blindés, où il faut investir des forces et des frappes chirurgicales, car gagner cette position, c’est gagner le pays.

Effectivement, Bruxelles est assiégée de toutes parts, autant des flamands que des Wallons,  déplaçant habilement leurs pions, leurs marques, afin de posséder la Capitale de l’Europe et deuxième plus grand siège diplomatique du monde (derrière New-York).

Flamands comme Wallons lorgnent la ville millénaire et, telle une soirée au Floris ou au Delirium, s’enivrent de son bilinguisme pour essayer d’augmenter sa part.

Heureusement, celle-ci ne se ploie pas. Elle se plie, certes, mais ne se brisera pas. Pas de sitôt. Si la signalisation routière a pris les couleurs des abeilles, ce n’est pas pour autant que son caractère est changé. Bruxelles est bilingue, parce que la Constitution (oui, encore elle) le dit. En effet, l’article 4 en fait l’apologie:

« La Belgique comprend quatre régions linguistiques : la région de langue française, la région de langue néerlandaise, la région bilingue de Bruxelles-Capitale et la région de langue allemande. »

Et cet article ne peut être modifié qu’avec la majorité atteinte dans chaque groupe linguistique. Si les flamands forment une majorité aux Chambres, je suis certain qu’une infime minorité de francophones voteront pour une modification de cet article.

Ainsi protégée, tout paternaliste que K. Peeters puisse être, Bruxelles ne sera pas la prochaine « Deweverstad », et ne sera pas nederlandse tout de suite.

Mais bon, il ne faut pas oublier que le ministre-président du CD&V ne considère pas Bruxelles comme une région à part entière… donc, son statut constitutionnel doit lui paraître bien insignifiant.

Ne jetons pas trop la pierre non plus; n’oublions pas qu’il est logique de défendre les deux langues dans la capitale et qu’il n’est pas question de toucher à son bilinguisme; d’autre part, insistons sur le fait que ce caractère bilingue doit s’accompagner d’un juste financement de la part de l’une et l’autre Région, même si je suis relativement persuadé que la Capitale se suffit très bien à elle-même. N’étant pas économiste ni renseigné sur les chiffres, je ne m’enfoncerai pas trop dans ce sujet; mais je soupçonne un peu la Flandre d’investir uniquement dans le but de se donner un argument colonisateur.

Après tout, il serait sensé de leur part de dire: « Bruxelles nous revient de droit car nous investissons davantage dedans ». Bien entendu, si cela n’est qu’une pure et simple manipulation, nous serons dans le rare cas où le financement est contraire à l’affectio societatis.

 

Pour terminer, je citerai à nouveau Mr Peeters (qui a vraisemblablement passé ces derniers jours avec des journalistes derrière lui):

« D’un côté on veut faire de Bruxelles une troisième région entièrement autonome, à part entière, grâce à un refinancement structurel qui doit passer par le fédéral, et donc aussi par des moyens flamands. D’un autre côté, on veut une Fédération wallo-bruxelloise au sein de la fédération belge, sans tenir compte de la fonction de capitale (de Bruxelles) ni des Flamands bruxellois, de leur présence et de leur participation dans les institutions politiques bruxelloises »

Mr Peeters semble oublier:
D’une part, que Bruxelles est une région à part entière, et que si la Flandre refuse de participer au financement de celle-ci, elle verrait d’autres Réformes se faire avorter;
D’autre part que la Flandre dispose déjà d’une communauté qui a Bruxelles pour compétence territoriale et qui agit dans l’intérêt des flamands bruxellois. Je pense que celle-ci se soucie déjà largement assez de ces derniers; il est donc inutile de demander à la Communauté Française de s’en soucier, elle aussi. Et, par pitié, ce serait faire preuve de très mauvaise foi que plaider la protection aux minorités linguistiques.

Voilà, bel article de quasi 1000 mots pour ce jeudi matin. Bonne journée.

 

 

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  1. Youri
    8 avril 2011 à 17 h 23 min

    Chez Belgium Forever, je vous posais récemment une question (de plus) .
    Considérez-vous vraiment qu’il s’agit d’une perte de temps que d’y répondre ?

  2. 8 avril 2011 à 22 h 44 min

    Hello,
    je n’avais pas perçu cela comme une question, au temps pour moi.

    Le problème avec vous, Youri, c’est que vous considérez que la Belgique est perdue, scindée d’avance, alors que moi je pars du principe que cette séparation n’est qu’un fantasme qui n’aboutira jamais. C’est pour ça que j’ai dit que nous ne parlons pas d’une même situation.

    Enfin, je suis d’accord avec vous qu’il faut agir, mais aucune des actions concrètes des francophones ne peuvent aboutir à de réactions positives. Et aussi longtemps que nous ferons preuve de cette mauvaise foi, il n’y aura pas d’avancée.
    C’est à ce titre, d’ailleurs, que je ne considère pas le Fédération Wallonie-Bruxelles comme une action visant à aider les négociations, comme une réaction à l’intégrisme flamand, mais juste une volonté de faire une bêtise tout seul de son côté.

    • Youri
      9 avril 2011 à 10 h 20 min

      Merci de cette réponse même si je ne suis pas satisfait de votre première phrase qui passe sous silence un certain échange de tweet entre vous et belgo3. Soit.

      Je suis surpris d’apprendre que je suis un « problème » pour vous dès l’instant où ma vision des faits ne correspond pas à la vôtre en ce qui concerne « l’avenir du pays ». Pourquoi une telle négation des avis des autres qui ne correspondent pas aux vôtres ? Est-ce dans votre définition de la démocratie ?
      Balayer d’un revers de la main comme vous le faites toute autre hypothèse que celle qui est en soi me semble un rien naïf mais bon, c’est votre affaire.

      Je vous lis : » aucune des actions concrètes des francophones ne peuvent aboutir à de réactions positives. Et aussi longtemps que nous ferons preuve de cette mauvaise foi, il n’y aura pas d’avancée. »
      Faut-il comprendre que tout ce que pensent, disent ou font les Francophones est nul et non-avenu ? Je crois cher monsieur que votre esprit est (un rien) pollué par le discours clamé par la Flandre au sujet de la Wallonie et de Bruxelles. Faut-il donc souscrire à cet « Übermenshitude » flamande et considérer que tout avis francophone est stupide ? PIRE: faut-il TOUT ACCEPTER de la part de la Flandre afin de sauver un pays finalement chimérique en acceptant une servitude évidente en devenant sous-colonie flandrienne ?

      Considérez mon intervention comme vous le voudrez: question ou pas, perte de temps ou pas ….
      Bon week-end.

  3. 9 avril 2011 à 13 h 45 min

    Hello,
    Oh, non, pas une perte de temps. Mais dans le débat précédent, nous partions alors dans un sens différent chacun, nous n’aurions, dès lors, pas pu aboutir à quelque chose de cohérent.
    Quand à nos échanges de tweet, sachez que j’ai effectivement perçu cela comme un conseil, et non pas comme une raison de vous ignorer. Je m’appliquerai donc à faire preuve de politesse et de vous répondre, quand je ne passe pas à côté du commentaire ou quand je peux donner une réponse.

    Je ne vous considère donc pas comme un problème, mais vos idées posent problème dans le débat et dans l’avancée de la conversation. Avouez que nous passons beaucoup de temps à nous expliquer, et si peu à avancer.

    Je n’élude donc pas votre opinion, mais elle n’entrait pas dans le cadre de notre débat. Disons que cela ressemblait à un peu à un hors-sujet, même s’il y a effectivement des points de contact, et que ce n’est pas en nous écartant systématiquement du sujet qu’on arrivera à une réponse satisfaisante.

    Je vois que les actions des francophones ne feront pas avancer les choses. Je ne tire pas cela de l’abominable manipulation flamande, mais d’une réflexion, que j’espère erronée. En effet, si je me trompe, c’est que les actions des francophones sont plus intelligentes que je ne le pensais et que leurs agissements auront mené à une politique cohérente et stable… donc je n’aurai jamais été aussi ravi d’avoir tort.

    Je critique tout autant les propos flamands que francophones. Autour de la table des négociations, ce ne sont plus de calmes conversations visant à obtenir un pays cohérent, mais une bataille psychologique visant à « affaiblir » la portée des actes de celui qui est en face de nous.
    Je critiquais très vivement l’emploi de cette méthode chez les flamands, me félicitant que les partis francophones ne l’utilisaient pas. Et quand la Wallonie a commencé à s’auto-radicaliser comme le font les flamands, on tombe dans la guerre des mauvaises fois, qui ne peuvent jamais donner quoi que ce soit de positif.

    Alors pour vous répondre (finalement), NON, il ne faut absolument pas tout accepter. Mais il ne faut pas refuser non plus, ni geler les négociations (voir mon dernier article). Il faut abandonner cette stupide idée de réforme de l’État qui ne mène à rien, et qui n’est que le résultat d’un intégrisme que le pays veut voir disparaître.

    Merci pour le temps que vous m’accordez, Youri, c’est tout de même un plaisir de discuter avec vous.

  4. Youri
    11 avril 2011 à 21 h 40 min

    Vous savez, depuis des décennies la Flandre vise à affaiblir la wallonie et Bruxelles tant économiquement que psychologiquement.
    Et elle y est parvenue.
    Jusqu’en 2007 où (enfin) les Francophones ont voulu mettre un frein à cette suprématie malsaine de la Flandre sur le pays. Peut-on en vouloir aux Francophones d’avoir en ce sens compliqué le débat belgo-belge ? Fallait-il poursuivre cette relation dominant-dominé dans le seul but de sauver un « pays » devenu tellement hétérogène et incohérent qu’il ne mérite plus de s’appeler une nation ?
    Et si vous voulez « abandonner cette stupide réforme de l’Etat qui ne mène à rien « , vous souhaitez remplacer cette chose par quel projet (CREDIBLE) pour que ce « pays » puisse redevenir une nation ?

    To be or not to be ….

  5. 12 avril 2011 à 1 h 58 min

    Je suis d’accord avec vous concernant l’erreur qui a été commise par les partis francophones de l’époque.
    J’ai, par exemple, proposé une solution ici:
    https://xiiime.wordpress.com/2011/02/25/ce-nest-pas-la-solution-cest-une-solution/
    (lien court: http://bit.ly/ffMbKk )

    Bien entendu, la N-VA refuserait une telle solution, puisqu’il n’est pas dans ses intérêts de former quelconque gouvernement. Mais les autres partis, ceux qui prônent un réel intérêt économique (et non raciste), pourraient la trouver intéressante, sans vouloir fanfaronner. Peut-être paraît-elle non crédible. Mais quand je l’ai conçue, je me suis dit qu’elle correspondait à ce qui convient le mieux aux intérêts logiques de chacun.

    La Belgique n’a été divisée que par l’esprit tordu de certaines personnes. Si des esprits sains – pas comme le mien, puisque moi j’échafaude des plans à partir de rien, ce qui n’est pas tellement sain d’esprit, on est d’accords – s’intéressaient vraiment à l’intérêt du pays, on pourrait le reconstruire sur de bonnes bases.

    • Youri
      12 avril 2011 à 8 h 25 min

      Espérer une nouvelle Belgique comme vous le faites, c’est rêver tout éveillé.

      Et en fait, de quelle « erreur francophone » parlez-vous ? Celle qui a consisté à s’écraser devant les diktats flamands depuis des décennies ou celle qui a consisté à un jour ne plus vouloir s’écraser ????

  6. 12 avril 2011 à 11 h 29 min

    Oui, mais comme je l’ai dit, Youri, je ne suis pas sain d’esprit à échafauder des plans comme ceux-là. Mais avouez que c’est la meilleure solution pour tout le monde.

    Celle de s’écraser au départ, bien que je n’aime pas le mot écraser, volontairement péjoratif. Je comprends certains intérêts flamands à vouloir défendre leur culture. C’est sain, et juste. Mais celui qui consiste à vouloir détruire toute trace de francophonie en Flandres ou cette de diminuer leur importance ressemble davantage à une ségrégation qu’à une brave volonté culturelle.
    Donc, l’erreur était de laisser les partis flamands passer ce cap là.

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